{"id":1851,"date":"2020-01-13T06:20:05","date_gmt":"2020-01-13T06:20:05","guid":{"rendered":"https:\/\/www.adventdesk.com\/home\/?p=1851"},"modified":"2020-01-13T08:42:12","modified_gmt":"2020-01-13T08:42:12","slug":"pourquoi-reste-t-elle-pourquoi-part-elle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.adventdesk.com\/home\/pourquoi-reste-t-elle-pourquoi-part-elle\/","title":{"rendered":"Pourquoi reste-t-elle ? Pourquoi part-elle ?"},"content":{"rendered":"<p>Mable C. Dunbar<\/p>\n<div class=\"wrapper\">\n<div class=\"wrapper\">\n<p class=\"subhead\">Une relation o\u00f9 l\u2019un des conjoints est victime de violence physique, mentale, sociale, spirituelle, ou de rejet, n\u2019a ni place ni justification dans les param\u00e8tres chr\u00e9tiens.<\/p>\n<p>La violence conjugale n\u2019est pas un sympt\u00f4me qui, une fois pleinement \u00e9tudi\u00e9 et compris, puisse \u00eatre neutralis\u00e9 ou s\u2019arranger en un tour de main. Elle est symptomatique de probl\u00e8mes biologiques et psychologiques qui affectent les victimes, les agresseurs et les t\u00e9moins de cette situation, tels que les enfants, les parents, d\u2019autres membres de la famille et les amis.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>En g\u00e9n\u00e9ral, voici ce qu\u2019on demande aux victimes\u00a0:\u00a0<i>Si \u00e7a va aussi mal que \u00e7a, pourquoi ne pars-tu pas\u00a0? Pourquoi tol\u00e8res-tu une telle violence\u00a0? Qu\u2019as-tu fait pour qu\u2019il en arrive \u00e0 un tel comportement\u00a0? Qu\u2019attends-tu pour le mettre \u00e0 la porte\u00a0?<\/i><\/p>\n<p>De telles questions sortent de la bouche de gens, certes, bien intentionn\u00e9s. Cependant, nombre d\u2019entre eux con\u00e7oivent \u00e0 peine, pour ne pas dire qu\u2019ils n\u2019en ont aucune id\u00e9e, ce que repr\u00e9sente se sentir totalement d\u00e9valoris\u00e9e, coupable, honteuse, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e et impuissante. Ils ne comprennent pas comment le processus de la violence d\u00e9grade la victime petit \u00e0 petit, morceau par morceau. Par cons\u00e9quent, ils devraient plut\u00f4t se poser les questions suivantes\u00a0:\u00a0<i>Que puis-je faire pour aider une victime \u00e0 mettre un terme \u00e0 une telle relation\u00a0? Pourquoi l\u2019agresseur se comporte-t-il ainsi\u00a0? Comment puis-je aider la victime \u00e0 se mettre \u00e0 l\u2019abri\u00a0?<\/i>\u00a0Les victimes ont de nombreuses raisons de rester dans une relation de violence conjugale, et relativement peu de recours pour les aider \u00e0 partir.<\/p>\n<p>Presque toutes les femmes battues, un jour ou l\u2019autre, tentent de quitter un environnement violent. Pour celles qui partent, la violence n\u2019en est peut-\u00eatre qu\u2019\u00e0 son d\u00e9but. Cependant, l\u2019escalade de la violence se produit lorsqu\u2019une femme essaie de partir ou montre des signes d\u2019ind\u00e9pendance. L\u2019homme violent peut essayer de la contraindre \u00e0 la r\u00e9conciliation ou user de repr\u00e9sailles face \u00e0 ce qu\u2019il per\u00e7oit comme un rejet ou un abandon. Les hommes qui croient que leur femme leur appartient consid\u00e8rent leur d\u00e9part comme l\u2019ultime trahison qui justifie les repr\u00e9sailles. Cohabiter avec de tels hommes est fort dangereux parce que la violence augmente g\u00e9n\u00e9ralement en fr\u00e9quence et en gravit\u00e9 avec le temps.<\/p>\n<p>Ceux qui ne comprennent pas les dynamiques de la violence conjugale croient que la femme n\u2019a qu\u2019\u00e0 partir. Mais ce n\u2019est pas aussi simple\u00a0! La plupart des femmes victimes de violence conjugale n\u2019ont que deux choix, aussi dangereux l\u2019un que l\u2019autre.<\/p>\n<p>Le premier consiste \u00e0 rester. Cependant, l\u2019agression est un mode de comportement. Elle ne commence pas par un coup, mais par un regard subtil, une attitude et une inflexion de la voix. Comme l\u2019agresseur calcule son comportement pour d\u00e9stabiliser sa victime, celle-ci est encore plus prudente et s\u2019\u00e9fforce de le satisfaire. Lorsqu\u2019il frappe, elle est, la plupart du temps, convaincue d\u2019avoir provoqu\u00e9 l\u2019agression, donc de la m\u00e9riter.<\/p>\n<p>Le second choix consiste \u00e0 partir. Mais partir, c\u2019est, pour la victime, risquer de voir son estime de soi encore diminu\u00e9e, confront\u00e9e \u00e0 des situations douloureuses, terrifiantes et humiliantes. En effet, la femme qui d\u00e9cide de partir va perdre la s\u00e9curit\u00e9 \u00e9conomique pour elle-m\u00eame et ses enfants, sa position dans son milieu et\/ou son \u00e9glise, et finalement, le partenaire qu\u2019elle aime en d\u00e9pit de sa cruaut\u00e9.<\/p>\n<h2>Pourquoi reste-t-elle\u00a0?<\/h2>\n<p><b>Elle reste parce qu\u2019elle a peur.<\/b>\u00a0La raison num\u00e9ro un pour laquelle une victime ne quitte pas un environnement violent ou une relation violente, c\u2019est la peur. Et ses craintes ne sont pas sans fondement, parce que les femmes battues sont encore plus en danger lorsqu\u2019elles quittent ou ont quitt\u00e9 l\u2019agresseur. Elle a peur que l\u2019agresseur ne r\u00e9pande des rumeurs et des mensonges sur son compte\u00a0; elle se sent pi\u00e9g\u00e9e, impuissante, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<p><b>Elle reste par manque d\u2019informa-tion\/d\u2019\u00e9ducation.<\/b>\u00a0Certaines femmes battues restent parce qu\u2019elles ne disposent d\u2019aucune information pr\u00e9cise sur la violence conjugale. La famille et les amis, et m\u00eame le conjoint, affirment \u00e0 la victime que l\u2019alcool ou les drogues sont la cause des coups qu\u2019elle re\u00e7oit. On lui dit que mari et femme se doivent l\u2019un \u00e0 l\u2019autre, et que si elle aide son homme d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre, il va changer. Ces femmes multiplient alors les modifications de comportement, seulement pour assister \u00e0 une escalade de la violence et \u00eatre bl\u00e2m\u00e9es pour ne pas avoir fait assez d\u2019efforts.<\/p>\n<p><b>Elle reste parce que les effets psychologiques de la violence conjugale peuvent rendre son d\u00e9part difficile.<\/b>\u00a0La victime croit qu\u2019elle n\u2019est rien et ne m\u00e9rite pas mieux. Confuse, paralys\u00e9e, elle n\u2019a aucune confiance en ses propres d\u00e9cisions. Elle a \u00e9t\u00e9 tellement manipul\u00e9e, elle a subi un tel lavage de cerveau qu\u2019elle se sent incapable de s\u2019en sortir seule. De plus en plus habitu\u00e9e \u00e0 la violence, elle se sent plus \u00e0 l\u2019aise dans le connu que dans l\u2019inconnu.<\/p>\n<p><b>Elle reste parce qu\u2019elle l\u2019aime.<\/b>\u00a0Ceux qui n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 victimes de maltraitance peuvent \u00e9prouver de la difficult\u00e9 \u00e0 comprendre un tel sentiment. C\u2019est tout naturel, car notre culture glorifie litt\u00e9ralement l\u2019amour. Les chansons populaires et les films renforcent l\u2019id\u00e9e que l\u2019amour surpasse tout dans la vie, et que tous \u2013 surtout les femmes \u2013 devraient faire n\u2019importe quoi pour \u00eatre aim\u00e9s. Les femmes peuvent aimer leur agresseur tout en ha\u00efssant ses gestes violents. C\u2019est pourquoi il faut leur rappeler qu\u2019elles n\u2019ont pas \u00e0 cesser de l\u2019aimer pour le quitter. Certaines femmes ont de la difficult\u00e9 \u00e0 mettre un terme \u00e0 la relation \u00e9motionnelle qu\u2019elles ont nou\u00e9e avec leur agresseur. La femme maltrait\u00e9e croit son agresseur lorsqu\u2019il lui dit qu\u2019il ne la frappera plus jamais. Elle le croit quand il lui promet de chercher de l\u2019aide ou d\u2019aller \u00e0 l\u2019\u00e9glise. Elle croit encourir la col\u00e8re de Dieu si elle le quitte et brise ses v\u0153ux de mariage. Parce qu\u2019elle confond les rapports sexuels avec l\u2019intimit\u00e9, elle estime que lorsqu\u2019ils sont physiquement intimes et qu\u2019il la traite bien pendant un certain temps, c\u2019est parce qu\u2019il l\u2019aime vraiment. Par cons\u00e9quent, elle redouble d\u2019amour, renouvelle son engagement envers lui et esp\u00e8re la fin des coups.<\/p>\n<p><b>Elle reste parce qu\u2019elle est inqui\u00e8te pour ses enfants.<\/b>\u00a0L\u2019\u00e9norme responsabilit\u00e9 d\u2019\u00e9lever seule ses enfants lui para\u00eet \u00e9crasante. Elle ne veut pas perturber leur vie. Souvent, l\u2019agresseur menace de lui arracher les enfants si elle tente de le quitter et\/ou il leur monte la t\u00eate contre elle. Elle croit que ses enfants vont la bl\u00e2mer et lui en vouloir si elle part. Ne lui a-t-on pas dit qu\u2019ils ont besoin d\u2019un p\u00e8re, besoin de vivre au sein d\u2019une \u00ab\u00a0vraie\u00a0\u00bb famille\u00a0? \u00catre parent seul est d\u00e9j\u00e0 une exp\u00e9rience ardue dans les meilleures circonstances. Or, pour la plupart des femmes, les conditions sont souvent loin d\u2019\u00eatre id\u00e9ales. Dans le syst\u00e8me judiciaire, la justice n\u2019est pas toujours de leur c\u00f4t\u00e9 quand le moment vient de recevoir la garde partag\u00e9e ou la garde \u00e0 plein temps de leurs enfants.<\/p>\n<p><b>Elle reste parce qu\u2019elle se sent isol\u00e9e.<\/b>\u00a0L\u2019isolement peut \u00eatre la cons\u00e9quence de la possessivit\u00e9 ou de la jalousie de l\u2019agresseur, ou une tentative de la victime de cacher aux autres sa triste situation. D\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, un tel isolement conduit de nombreuses victimes \u00e0 croire qu\u2019elles n\u2019ont personne vers qui se tourner. L\u2019agresseur la s\u00e9questre-t-il dans la maison\u00a0? La menace-t-il de s\u2019en prendre \u00e0 celui ou \u00e0 celle \u00e0 qui elle demande de l\u2019aide, y compris sa famille\u00a0? En outre, si l\u2019agresseur est populaire, charmant, \u00e9duqu\u00e9, riche, beau ou talentueux, on peut s\u2019attendre \u00e0 ce que personne ne la croie.<\/p>\n<p><b>Elle reste parce qu\u2019elle est elle-m\u00eame issue d\u2019un contexte familial violent.<\/b>\u00a0Si son p\u00e8re a agress\u00e9 sa m\u00e8re, elle estime alors que les mauvais traitements font partie d\u2019une relation. Elle raisonne en se disant qu\u2019apr\u00e8s tout, se faire battre n\u2019est pas ce qui puisse arriver de pire dans une famille. Puisque ses parents sont rest\u00e9s ensemble dans une relation de maltraitance et de violence, elle croit devoir agir de m\u00eame.<\/p>\n<p><b>Elle reste parce qu\u2019elle croit ce que lui dit son agresseur.<\/b>\u00a0Il lui dit entre autres\u00a0: Tu es folle et stupide. Personne ne va te croire. C\u2019est toi qui es malade\u00a0; tu as besoin d\u2019aide. Tu es hyst\u00e9rique. La police n`y peut rien. Si tu pars, je te retrouverai et tu le paieras de ta vie. Je m\u2019en prendrai \u00e0 ta famille. Tu ne pourras jamais m\u2019\u00e9chapper.<\/p>\n<p><b>Elle reste en raison de d\u00e9pendances qui l\u2019emp\u00eachent de passer \u00e0 l\u2019action.<\/b>\u00a0Son agresseur l\u2019encourage ou l\u2019oblige \u00e0 boire de l\u2019alcool, \u00e0 se droguer ou \u00e0 regarder de la pornographie. En m\u00eame temps, il sabote son r\u00e9tablissement en l\u2019emp\u00eachant de chercher de l\u2019aide. Certaines femmes ont recours \u00e0 l\u2019alcool ou aux drogues pour engourdir leur souffrance. Certaines prendront des tranquillisants et risquent d\u2019entra\u00eener une grave d\u00e9pendance que diminue la capacit\u00e9 des victimes d\u2019agir par elles-m\u00eames\u00a0; elles constituent aux yeux de leurs agresseurs un outil de choix pour les manipuler.<\/p>\n<p><b>Elle reste \u00e0 cause de sa d\u00e9pendance \u00e9conomique.<\/b>\u00a0La r\u00e9alit\u00e9 \u00e9conomique des femmes, celles des m\u00e8res en particulier, est souvent sombre. L\u2019agresseur tend \u00e0 contr\u00f4ler l\u2019argent, y compris ce que sa conjointe gagne si elle travaille. Mieux vaut subir les coups, se dit-elle, que de se retrouver dans la rue.<\/p>\n<p><b>Elle reste \u00e0 cause de la pression d\u2019autrui.<\/b>\u00a0Notre culture transmet ce message tr\u00e8s clair\u00a0: la valeur d\u2019une femme rel\u00e8ve d\u2019une relation avec un homme. Les femmes sans partenaire tendent \u00e0 \u00eatre d\u00e9valu\u00e9es. Par cons\u00e9quent, elle d\u00e9pend de lui, pense-t-elle, si elle veut avoir quelque cr\u00e9dibilit\u00e9, valeur et motivation pour survivre. Elle sent que si elle part, elle sera d\u00e9shonor\u00e9e dans son milieu ou dans son \u00e9glise\u00a0; elle ne veut pas \u00eatre la honte de sa famille. Certains vont jusqu\u2019\u00e0 citer les \u00c9critures pour l\u2019encourager \u00e0 persister dans cette relation devenue intenable.<\/p>\n<h2>Les obstacles \u00e0 son d\u00e9part<\/h2>\n<p>Une femme qui d\u00e9cide de partir pour \u00e9chapper \u00e0 la violence conjugale risque de voir de nombreux obstacles se dresser sur son chemin. Au nombre des obstacles majeurs, mentionnons le syst\u00e8me de justice p\u00e9nale, le manque de ressources, le milieu social et la religion.<\/p>\n<p><b>Les probl\u00e8mes du syst\u00e8me de justice p\u00e9nale.<\/b>\u00a0La police traite souvent les incidences de violence conjugale en simples \u00ab\u00a0disputes\u00a0\u00bb au lieu de crimes graves lors lesquels une personne est victime d\u2019une agression, cherchant \u00e0 dissuader les victimes de porter plainte. Les avocats peuvent aussi se montrer r\u00e9ticents \u00e0 engager des poursuites judiciaires. De plus, les ordonnances restrictives \u00e0 l\u2019endroit des agresseurs font peu pour les emp\u00eacher de r\u00e9p\u00e9ter leur sch\u00e9ma de comportement violent.<\/p>\n<p><b>Le manque de ressources.<\/b>\u00a0Les liens familiaux et amicaux d\u2019une victime de violence, souvent tendus, la laissent psychologiquement et \u00e9conomiquement d\u00e9pendante de son partenaire violent. De plus, elle peut ne pas \u00eatre au courant du soutien juridique et des ressources disponibles dans son milieu. Elle peut \u00eatre sans emploi, ne pas avoir d\u2019endroit o\u00f9 se r\u00e9fugier, ne disposer d\u2019aucuns moyens financiers et avoir des enfants. Sans ressources suffisantes pour vivre par elle-m\u00eame, et avec un mari violent qui profite de sa situation \u00e9conomique, elle peut se trouver dans une position ne lui permettant pas de mettre un terme \u00e0 cette relation.<\/p>\n<p><b>Les barri\u00e8res sociales.<\/b>\u00a0Dans de nombreuses cultures, on enseigne aux femmes que leur valeur est mesur\u00e9e par leur capacit\u00e9 de trouver et de garder un homme. Lorsque c\u2019est le cas, on ferme les yeux sur la violence conjugale et on pense que ce qui se passe derri\u00e8re les portes closes est une affaire priv\u00e9e. Par cons\u00e9quent, on ne s\u2019en m\u00eale pas. Et parmi les groupes o\u00f9 on \u00e9prouve de la compassion pour les femmes ainsi d\u00e9favoris\u00e9es, on ne dispose souvent que de peu de moyens pour les aider. Il se peut qu\u2019aucun secours ne soit \u00e0 leur port\u00e9e.<\/p>\n<p><b>Les barri\u00e8res religieuses.<\/b>\u00a0Nous avons l\u00e0 un obstacle de taille pour les femmes qui cherchent \u00e0 se soustraire \u00e0 la violence conjugale. Certains dirigeants religieux n\u2019ayant aucune information ou \u00e9ducation sur les dynamiques de la violence conjugale diront que l\u2019image de l\u2019\u00e9glise va souffrir si la victime fait ses valises et met fin \u00e0 son mariage. Soumise \u00e0 une telle pression, la victime peut renoncer \u00e0 sa d\u00e9cision de partir. Partir, c\u2019est peut-\u00eatre aussi perdre le soutien de sa famille et des membres d\u2019\u00e9glise qui croient, selon la mentalit\u00e9 traditionnelle, qu\u2019elle devrait tout endurer afin que sa famille reste intacte. Ils lui diront que si elle a la foi et prie avec suffisamment de ferveur, Dieu lui donnera la force de supporter son sort.<\/p>\n<h2>Pourquoi revient-elle\u00a0?<\/h2>\n<p>Il n\u2019est pas inhabituel pour une victime de violence conjugale de partir pour revenir au bout d\u2019un certain temps. Mais pourquoi revient-elle\u00a0? Pour plusieurs raisons. Elle sent que ses enfants ont besoin de leur p\u00e8re, esp\u00e8re qu\u2019il aura besoin d\u2019elle et l\u2019aimera, et que tout va s\u2019arranger. Elle n\u2019a pas confiance que justice soit faite dans l\u2019actuel syst\u00e8me de justice civile ou p\u00e9nale. Elle se sent craintive en entendant parler des mythes circulant sur les refuges pour femmes battues, \u00e0 savoir que ce ne sont que des stations de recrutement pour lesbiennes, que les employ\u00e9es sont lesbiennes et qu\u2019elle sera attaqu\u00e9e par des lesbiennes ou le deviendra elle-m\u00eame. Se retrouver sans amis ni famille proche, manquer de ressources de soutien social, craindre les repr\u00e9sailles et la solitude, redouter que son mari ne soit arr\u00eat\u00e9, esp\u00e9rer ou croire qu\u2019il va changer, appr\u00e9hender les pressions culturelles pour garder la famille unie \u00e0 tout prix \u2013 voil\u00e0 autant de raisons pour lesquelles la victime choisit de revenir. Un sentiment de honte et de culpabilit\u00e9, un d\u00e9sir sinc\u00e8re de donner \u00e0 ses enfants un foyer biparental, les besoins mat\u00e9riels, les frais juridiques croissants, l\u2019esp\u00e9rance qu\u2019une th\u00e9rapie appropri\u00e9e pourra gu\u00e9rir son mari, les questions entourant la garde des enfants, les probl\u00e8mes mon\u00e9taires et la peur de vivre seule, ainsi que les difficult\u00e9s pour maintenir une bonne cote de cr\u00e9dit sont d\u2019autres raisons pour lesquelles les femmes victimes de violence conjugale reviennent \u00e0 leur mari. En outre, certains mythes sociaux \u2013 elle provoque la violence, elle exag\u00e8re la violence, elle vient d\u2019un milieu pauvre, sans \u00e9ducation, ou minoritaire, son partenaire a un probl\u00e8me de contr\u00f4le de col\u00e8re ou de stress, cela va passer gr\u00e2ce \u00e0 une th\u00e9rapie ou avec le temps \u2013 jouent un r\u00f4le dans la d\u00e9cision d\u2019une victime de revenir \u00e0 son partenaire.<\/p>\n<h2>\u00c9tapes \u00e0 franchir pour se sous-traire \u00e0 la violence<\/h2>\n<p>Des \u00e9tudes portant sur les victimes de violence conjugale r\u00e9v\u00e8lent sept \u00e9tapes\u00a0:<\/p>\n<p>\u00c9tape 1\u00a0: le d\u00e9ni. La victime refuse d\u2019admettre, m\u00eame int\u00e9rieurement, qu\u2019elle est victime de violence conjugale ou que la relation conjugale n\u2019est pas normale. Ainsi, chaque incident devient souvent un \u00ab\u00a0accident\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00c9tape 2\u00a0: la rationalisation. La victime reconna\u00eet le probl\u00e8me. Elle peut excuser la violence de son partenaire en jetant le bl\u00e2me de son mauvais comportement sur des circonstances telles que le stress, les difficult\u00e9s financi\u00e8res, la situation au travail, la d\u00e9pendance chimique, etc. Lorsqu\u2019un danger r\u00e9el ou per\u00e7u est pass\u00e9, elle se fait tout un cin\u00e9ma sur sa relation et pense ou dit aux autres combien son homme est merveilleux.<\/p>\n<p>\u00c9tape 3\u00a0: l\u2019autoaccusation. La victime continue \u00e0 examiner sa situation tout en s\u2019en croyant responsable. Elle consid\u00e8re qu\u2019elle m\u00e9rite d\u2019\u00eatre battue ou maltrait\u00e9e. Elle se dit que quelque chose va mal en elle puisqu\u2019elle est incapable de satisfaire les attentes de son partenaire. Elle croit devoir changer son comportement pour faire cesser la violence.<\/p>\n<p>\u00c9tape 4\u00a0: l\u2019\u00e9ducation\/la perspective. La victime n\u2019assume plus la responsabilit\u00e9 du comportement violent de son partenaire. Elle commence \u00e0 se rendre compte que personne ne \u00ab\u00a0m\u00e9rite\u00a0\u00bb d\u2019\u00eatre maltrait\u00e9. Cependant, elle se sent encore engag\u00e9e envers la relation. Elle est ouverte aux renseignements sur la maltraitance ou en cherche\u00a0; elle s\u2019efforce de partager ses d\u00e9couvertes avec son conjoint, en esp\u00e9rant qu\u2019il changera et cessera de la maltraiter. Elle esp\u00e8re encore sauver la relation.<\/p>\n<p>\u00c9tape 5\u00a0: l\u2019acceptation. La victime accepte qu\u2019elle ne peut pas mettre fin au comportement violent de l\u2019agresseur\u00a0; elle n\u2019est pas responsable de sa conduite\u00a0; elle sait maintenant qu\u2019il ne changera pas, \u00e0 moins de le vouloir et de le d\u00e9cider.<\/p>\n<p>\u00c9tape 6\u00a0: la d\u00e9termination\/le pardon. La victime d\u00e9cide qu\u2019elle ne se soumettra plus sous les coups et d\u00e9cide de chercher de l\u2019aide afin de pouvoir mener une vie libre de maltraitance. Elle se pardonne, pardonne \u00e0 son agresseur, comprenant que ce faisant, elle peut aller de l\u2019avant.<\/p>\n<p>\u00c9tape 7\u00a0: la gu\u00e9rison\/l\u2019autonomie. La victime cherche des ressources. Elle explore les options. Elle fait des choix positifs en vue de cr\u00e9er une vie sans maltraitance pour elle et sa famille. Elle d\u00e9cide de rester sur le sentier du r\u00e9tablissement tout en aidant d\u2019autres victimes dans leur cheminement vers la gu\u00e9rison et l\u2019autonomie. Elle appr\u00e9cie son identit\u00e9 et son potentiel en Christ et se l\u2019approprie.<\/p>\n<p>Une femme qui prend la d\u00e9cision de rompre une relation de maltraitance conjugale\u00a0<i>cherche \u00e0 d\u00e9couvrir pourquoi elle a permis la violence, pourquoi elle y<\/i>\u00a0<i>\u00e9tait pr\u00e9dispos\u00e9e, et comment y<\/i>\u00a0<i>mettre un terme.<\/i>\u00a0Ce faisant, elle sort d\u00e9j\u00e0 de la sph\u00e8re de la victime, et devient une survivante et une battante. Bien qu\u2019au d\u00e9but de la relation elle puisse ne pas vouloir y mettre un terme en raison de son attachement \u00e9motionnel et\/ou de son engagement envers la relation, sa position tend \u00e0 changer au fur et \u00e0 mesure que la maltraitance s\u2019intensifie.<\/p>\n<h2>Conclusion<\/h2>\n<p>En tant que chr\u00e9tiens, nous avons la responsabilit\u00e9 de prendre soin des victimes de violence conjugale. Une relation o\u00f9 l\u2019un des conjoints est victime de violence physique, mentale, sociale, spirituelle ou de rejet n\u2019a ni place ni justification dans les param\u00e8tres chr\u00e9tiens. En fait, on peut dire que notre devoir chr\u00e9tien est de tendre la main aux victimes de violence conjugale et de les aider \u00e0 trouver un \u00ab\u00a0refuge pendant la temp\u00eate\u00a0\u00bb. De telles victimes sont en droit de mener une vie sans maltraitance, d\u2019avoir un avenir rempli d\u2019esp\u00e9rance, et la libert\u00e9 d\u2019\u00eatre elles-m\u00eames sans avoir peur ou se sentir coupables.<\/p>\n<p>L\u2019\u0153uvre des chr\u00e9tiens consiste \u00e0 exercer la justice, \u00e0 faire le bien et \u00e0 agir selon la loi divine et morale. \u00ab\u00a0L\u2019\u0153uvre de la justice sera la paix, dit le proph\u00e8te, et le fruit de la justice le repos et la s\u00e9curit\u00e9 pour toujours.\u00a0\u00bb (Es 32.17, LSG) Si cette paix est le privil\u00e8ge du chr\u00e9tien, nous devons admettre que tous y ont droit, m\u00eame les victimes de violence conjugale.<\/p>\n<p class=\"about\">Mable C. Dunbar (titulaire d\u2019un doctorat en philosophie de l\u2019Universit\u00e9 LaSalle), est pr\u00e9sidente et directrice g\u00e9n\u00e9rale de Women\u2019s Healing and Empowerment Network. Son courriel\u00a0: mablecdunbar@gmail.com.<\/p>\n<p>Cet article est bas\u00e9 sur un expos\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 lors du sommet END IT NOW \u2013 une conf\u00e9rence sur la pr\u00e9vention de la violence \u00e0 l\u2019endroit des femmes. Sponsoris\u00e9e par le D\u00e9partement du Minist\u00e8re des femmes, cette conf\u00e9rence a eu lieu le 2 mai 2014 au si\u00e8ge de la Conf\u00e9rence g\u00e9n\u00e9rale des adventistes du septi\u00e8me jour, \u00e0 Silver Spring, Maryland (\u00c9tats-Unis).<\/p>\n<h2>Citation recommand\u00e9e<\/h2>\n<p>Mable C. Dunbar, \u00ab Pourquoi reste-t-elle\u00a0? Pourquoi part-elle\u00a0? \u00bb,\u00a0<i>Dialogue<\/i>\u00a026 (2014\/2), p. 31-35<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<footer>\n<div class=\"wrapper\"><a href=\"https:\/\/education.adventist.org\/amicus\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">\u00a9 Comit\u00e9 pour les \u00e9tudiants et dipl\u00f4m\u00e9s universitaires adventistes (CEDUA)<\/a>, 2014 &#8211; 2020 \u00a0\u00a0|\u00a0\u00a0\u00a0<a href=\"https:\/\/dialogue.adventist.org\/fr\/confidentialite\">Confidentialit\u00e9<\/a><\/div>\n<\/footer>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mable C. Dunbar Une relation o\u00f9 l\u2019un des conjoints est victime de violence physique, mentale, sociale, spirituelle, ou de rejet, n\u2019a ni place ni justification dans les param\u00e8tres chr\u00e9tiens. La violence conjugale n\u2019est pas un sympt\u00f4me qui, une fois pleinement \u00e9tudi\u00e9 et compris, puisse \u00eatre neutralis\u00e9 ou s\u2019arranger en un tour de main. 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