{"id":1747,"date":"2019-12-16T00:37:07","date_gmt":"2019-12-16T00:37:07","guid":{"rendered":"https:\/\/www.adventdesk.com\/home\/?p=1747"},"modified":"2020-01-06T23:34:40","modified_gmt":"2020-01-06T23:34:40","slug":"trouver-un-sens-a-la-souffrance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.adventdesk.com\/home\/trouver-un-sens-a-la-souffrance\/","title":{"rendered":"Trouver un sens \u00e0 la souffrance ?"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<div class=\"wrapper\">\n<p class=\"byline\">Richard Rice<\/p>\n<p>Pouvons-nous trouver un sens aux d\u00e9ceptions et aux afflictions inflig\u00e9es par la vie\u00a0? Pouvons-nous r\u00e9agir avec courage et esprit aux pertes subies\u00a0? La r\u00e9ponse est parfois claire, parfois pas<sup>1<\/sup>.<\/p>\n<p>Il y a longtemps, mon patron m\u2019avait promis un poste qui d\u00e9passait toutes mes esp\u00e9rances. Quelques semaines apr\u00e8s, sa lettre officielle m\u2019apprit que la situation avait chang\u00e9 et que j\u2019irais plut\u00f4t ailleurs. Am\u00e8re d\u00e9sillusion\u00a0! Je me suis demand\u00e9 pourquoi Dieu m\u2019avait d\u00e9\u00e7u. Or, je me suis tr\u00e8s vite rendu compte que ma situation \u00e9tait meilleure que ce \u00e0 quoi je m\u2019attendais. Ce qui m\u2019avait paru une r\u00e9gression s\u2019est av\u00e9r\u00e9 b\u00e9n\u00e9diction et je fus reconnaissant pour l\u2019orientation que Dieu avait donn\u00e9e \u00e0 ma vie. De telles exp\u00e9riences viennent appuyer la conviction qu\u2019il y a un sens derri\u00e8re les \u00e9preuves. Dieu nous les envoie, ou les laisse se produire, ou, tout au moins, s\u2019en sert \u00e0 notre avantage. Comme le dit Paul\u00a0: \u00ab\u00a0Toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu\u00a0\u00bb (Romains 8.28, Segond).<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Mais il y a, par ailleurs, des cas de souffrances non conformes \u00e0 ce mod\u00e8le rassurant. Durant ces trois derni\u00e8res ann\u00e9es, par exemple, un ami que j\u2019avais connu \u00e0 l\u2019universit\u00e9 a perdu son fils dans un accident d\u2019avion, la fille d\u2019un autre de mes amis a \u00e9t\u00e9 violemment assassin\u00e9e, une de mes coll\u00e8gues enseignantes est morte du cancer, laissant son mari avec deux enfants en bas \u00e2ge et un adolescent de ma connaissance est devenu t\u00e9trapl\u00e9gique, le cou bris\u00e9 dans un accident de voiture. Nous pouvons voir la main de Dieu dans nos petites d\u00e9ceptions quotidiennes, mais que faire des souffrances indicibles ou \u00ab\u00a0du mal dans toute son horreur\u00a0\u00bb comme l\u2019a dit un \u00e9crivain\u00a0? Il s\u2019agit, dans de tels cas, de pertes dramatiques, qu\u2019aucune \u00e9ventuelle retomb\u00e9e positive ne saurait compenser. Alors, o\u00f9 est Dieu quand on a vraiment mal\u00a0? Pourquoi ne nous prot\u00e8ge-t-il pas des calamit\u00e9s et ne nous d\u00e9livre-t-il pas du mal\u00a0?<\/p>\n<p>Cette question est aussi vieille que l\u2019humanit\u00e9 et aussi r\u00e9cente que les gros titres de la presse matinale. Rien n\u2019est plus omnipr\u00e9sent, rien ne semble plus difficile \u00e0 comprendre que notre propre souffrance. L\u2019\u00e9crivain William Saroyan aurait dit\u00a0: \u00ab\u00a0Je savais que tout le monde meurt. Mais dans mon cas, je pensais qu\u2019il y aurait une exception.\u00a0\u00bb Or la r\u00e9alit\u00e9 c\u2019est qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019exception \u2013 ni pour les gentils, ni m\u00eame pour les chr\u00e9tiens. T\u00f4t ou tard, nous devons tous rencontrer la souffrance.<\/p>\n<p>Or, les gens r\u00e9agissent de mani\u00e8res \u00e9tonnamment vari\u00e9es. Pour certains, c\u2019est un d\u00e9fi formidable lanc\u00e9 \u00e0 leur foi. Pour les philosophes, la souffrance est la plus grande difficult\u00e9 \u00e0 laquelle la religion se trouve confront\u00e9e. L\u2019un dit que c\u2019est le seul argument ath\u00e9e m\u00e9ritant d\u2019\u00eatre pris au s\u00e9rieux. Pour un autre, une souffrance non m\u00e9rit\u00e9e est un plus grand obstacle \u00e0 la foi que toutes les objections th\u00e9oriques r\u00e9unies. La souffrance non m\u00e9rit\u00e9e est \u00ab\u00a0la roche sur laquelle repose l\u2019ath\u00e9isme\u00a0\u00bb. Pourtant, la souffrance exerce parfois une influence favorable sur la croyance religieuse. Nombreux sont ceux qui se rapprochent de Dieu quand ils souffrent. Une femme qui avait travaill\u00e9 des ann\u00e9es dans une unit\u00e9 de soins palliatifs a racont\u00e9 que personne ne meurt ath\u00e9e. Tous ceux et celles qu\u2019elle a connus ont, la fin venant, fait la paix avec Dieu.<\/p>\n<h2>Majest\u00e9 divine et r\u00e9alit\u00e9 de la vie<\/h2>\n<p>C\u2019est \u00e0 cause de notre croyance en Dieu que la souffrance interpelle tout particuli\u00e8rement les chr\u00e9tiens. Que faire de cet apparent d\u00e9calage entre la majest\u00e9 de Dieu et les r\u00e9alit\u00e9s de la vie\u00a0? Si Dieu est supr\u00eamement puissant et supr\u00eamement bon, pourquoi tol\u00e8re-t-il la moindre souffrance\u00a0? Un \u00catre parfait ne pourrait-il cr\u00e9er un monde selon son d\u00e9sir\u00a0? Et si un tel \u00catre existait, n\u2019\u00e9liminerait-il pas toute souffrance, ou ne l\u2019emp\u00eacherait-il ou tout au moins ne la limiterait-il pas\u00a0?<\/p>\n<p>Historiquement, les humains ont donn\u00e9 \u00e0 ces questions deux grands types de r\u00e9ponses. L\u2019un consiste \u00e0 placer la souffrance\u00a0<em>en dehors<\/em>\u00a0du champ de la volont\u00e9 divine, \u00e0 maintenir que Dieu n\u2019en est pas responsable. La version la plus courante de cette approche fait appel au libre arbitre. Dieu avait dot\u00e9 ses cr\u00e9atures de la capacit\u00e9 d\u2019ob\u00e9ir ou de d\u00e9sob\u00e9ir. Elles ont d\u00e9sob\u00e9i et le monde en subit maintenant les cons\u00e9quences. C\u2019est donc la r\u00e9bellion de ces cr\u00e9atures qui est en d\u00e9finitive responsable des tourments du monde. Dieu n\u2019en a pas \u00e9t\u00e9 ni n\u2019en sera jamais la cause. Nos souffrances n\u2019ont jamais fait partie du plan divin.<\/p>\n<p>La r\u00e9ponse oppos\u00e9e replace la souffrance\u00a0<em>\u00e0 l\u2019int\u00e9rieur<\/em>\u00a0du champ de la volont\u00e9 divine. Il se peut, selon cette pens\u00e9e, que les choses\u00a0<em>paraissent<\/em>\u00a0hors contr\u00f4le, mais Dieu n\u2019en est pas moins totalement ma\u00eetre de la situation et tout ce qui se produit a sa place dans son plan. Il est possible que nous ne comprenions pas pourquoi Dieu agit ainsi, mais nous pouvons \u00eatre s\u00fbrs que tout est pour le mieux. Toutes nos tribulations, y compris les moments les plus sombres de nos vies, correspondent \u00e0 nos besoins les plus profonds. Avec le temps, nous verrons que l\u2019approche divine est parfaite.<\/p>\n<p>Chaque explication soul\u00e8ve d\u2019autres questions et chaque r\u00e9ponse suscite d\u2019autres interrogations en un cycle ma\u00efeutique sans fin. Ces discussions ne sont pas sans objet, mais d\u2019une valeur limit\u00e9e pour nous aider \u00e0 supporter nos propres douleurs. Chaque th\u00e9orie philosophique \u00e9choue sur les r\u00e9cifs des souffrances humaines concr\u00e8tes. Comme l\u2019a bien per\u00e7u Dosto\u00efevski, toutes les th\u00e9ories du monde s\u2019effondrent devant la douleur d\u2019un seul \u00eatre humain qui souffre. Dans\u00a0<em>Les Fr\u00e8res Karamazov<\/em>, Ivan, le sceptique, lance un d\u00e9fi \u00e0 son fr\u00e8re Aliocha, \u00e2me douce entr\u00e9e dans les ordres. \u00ab\u00a0Imagine-toi que les destin\u00e9es de l\u2019humanit\u00e9 sont entre tes mains, et que pour rendre d\u00e9finitivement les gens heureux, pour leur procurer enfin la paix et le repos, il soit indispensable de mettre \u00e0 la torture ne f\u00fbt-ce qu\u2019un seul \u00eatre, (&#8230;) et de fonder sur ses larmes le bonheur futur. Consentirais-tu, dans ces conditions, \u00e0 \u00e9difier un pareil bonheur\u00a0? R\u00e9ponds sans mentir.\u00a0\u00bb [\u2026] \u00ab\u00a0Non, je n\u2019y consentirais pas<sup>2<\/sup>.\u00a0\u00bb Et nous non plus. Il n\u2019est pas d\u2019explication qui rende la souffrance intelligible.<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, il arrive que la religion accroisse m\u00eame notre d\u00e9sarroi. Les croyants posent toutes sortes de questions\u00a0: \u00ab\u00a0Pourquoi moi\u00a0?\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0\u00d4 pourquoi, Seigneur\u00a0?\u00a0\u00bb Ils se demandent ce qui est all\u00e9 de travers. Les incroyants nourrissent moins d\u2019attentes et ont donc moins tendance \u00e0 estimer que la vie les a d\u00e9\u00e7us.<\/p>\n<p>Quand nous n\u2019obtenons pas de bonnes r\u00e9ponses \u00e0 nos questions, ce n\u2019est pas toujours \u00e0 cause de ces r\u00e9ponses, mais parfois des questions que nous posons. La souffrance n\u2019est pas qu\u2019une \u00e9nigme th\u00e9ologique ou philosophique. C\u2019est le plus grand d\u00e9fi auquel une personne puisse \u00eatre confront\u00e9e. A moins de parvenir \u00e0 trouver comment y r\u00e9pondre au plan personnel, nos th\u00e9ories sur la souffrance ne p\u00e8seront pas lourd.<\/p>\n<h2>La vision chr\u00e9tienne<\/h2>\n<p>La croix et la r\u00e9surrection de J\u00e9sus forment la pierre d\u2019angle de la vision chr\u00e9tienne et constituent les fondations d\u2019une r\u00e9ponse chr\u00e9tienne \u00e0 la souffrance. Selon les \u00e9vangiles, J\u00e9sus approcha la croix avec peur et appr\u00e9hension. La nuit pr\u00e9c\u00e9dant sa crucifixion, il avait pri\u00e9 avec ferveur pour que Dieu lui \u00e9pargne la coupe am\u00e8re qui l\u2019attendait. Il n\u2019en dut pas moins subir la croix, et son cri de d\u00e9solation, \u00ab\u00a0Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m\u2019as-tu abandonn\u00e9\u00a0?\u00a0\u00bb, r\u00e9v\u00e8le la terreur qui \u00e9crasa jusqu\u2019\u00e0 sa vie. Mais avec sa r\u00e9surrection, J\u00e9sus a rompu le joug imp\u00e9rieux de la mort, a invers\u00e9 la condamnation de la croix et a rejoint le P\u00e8re.<\/p>\n<p>La croix indique l\u2019in\u00e9luctabilit\u00e9 de la souffrance en ce monde. J\u00e9sus n\u2019a pas \u00e9vit\u00e9 la souffrance. Et nous ne le pouvons pas non plus. La terreur \u00e9prouv\u00e9e par J\u00e9sus confirme aussi notre vision instinctive\u00a0: souffrir est injuste et repr\u00e9sente une tragique aberration de notre existence. Nous nous savons objets potentiels de souffrance et de mort, tout en percevant que nous n\u2019\u00e9tions pas faits pour cela.<\/p>\n<p>La croix r\u00e9v\u00e8le, par ailleurs, la solidarit\u00e9 que nous manifeste J\u00e9sus dans nos souffrances. Elle nous rappelle que nous ne sommes jamais seuls, aussi sombre et oppressive que soit notre situation. J\u00e9sus ayant subi la croix, rien ne peut nous arriver qu\u2019il n\u2019ait v\u00e9cu lui-m\u00eame\u00a0: douleur ou maux physiques de tous ordres, s\u00e9paration d\u2019avec la famille et les amis, perte de biens mat\u00e9riels ou de r\u00e9putation, animosit\u00e9 de ceux que nous tentons d\u2019aider et m\u00eame isolement spirituel \u2013 il a connu tout cela.<\/p>\n<p>Si la croix nous rappelle que la souffrance est in\u00e9vitable, la r\u00e9surrection nous assure qu\u2019elle n\u2019a jamais eu le dernier mot. J\u00e9sus n\u2019a pu \u00e9viter la croix, \u00e0 cause m\u00eame de son engagement \u00e0 sauver l\u2019humanit\u00e9, mais il l\u2019a d\u00e9pass\u00e9e. Son tombeau vide est notre assurance du caract\u00e8re temporaire de toute souffrance. Dans la perspective de l\u2019espoir chr\u00e9tien, le moment viendra o\u00f9 la souffrance appartiendra au pass\u00e9.<\/p>\n<p>La croix et la r\u00e9surrection sont indissolublement li\u00e9es. Sans la r\u00e9surrection, la croix ne serait que le triste chapitre final d\u2019une noble vie et la mort de J\u00e9sus ne ferait qu\u2019illustrer le sinistre constat que les meilleurs meurent souvent jeunes, leurs r\u00eaves inaccomplis et leurs espoirs d\u00e9\u00e7us. Mais \u00e0 la lumi\u00e8re de la r\u00e9surrection, la croix repr\u00e9sente une immense victoire, l\u2019acte central de la r\u00e9ponse divine au probl\u00e8me de la souffrance. A ce titre, la r\u00e9surrection transforme la croix, changeant la trag\u00e9die en triomphe.<\/p>\n<p>Et inversement, la r\u00e9surrection a besoin de la croix. Prise toute seule, elle offrirait une \u00e9chappatoire facile aux duret\u00e9s du monde et nous pousserait \u00e0 prendre un chemin d\u00e9tourn\u00e9 pour \u00e9viter les difficult\u00e9s de la vie. Si Dieu a le pouvoir de relever les morts, il pourrait certainement nous pr\u00e9server de la douleur et des tourments et nous emp\u00eacher de souffrir. Or, avant la r\u00e9surrection se trouve la croix, qui nous force \u00e0 admettre que Dieu nous m\u00e8ne souvent\u00a0<em>\u00e0 travers<\/em>\u00a0les p\u00e9rils plut\u00f4t qu\u2019en les \u00e9vitant. Il ne nous promet pas de nous emporter spectaculairement et miraculeusement loin des calamit\u00e9s. Tout comme J\u00e9sus eut sa croix \u00e0 porter, ceux qui le suivent ont la leur (Matthieu 16.24). Sa promesse d\u2019\u00eatre \u00e0 nos c\u00f4t\u00e9s dans\u00a0<em>nos<\/em>\u00a0souffrances nous invite aussi \u00e0 \u00eatre avec lui dans\u00a0<em>ses<\/em>\u00a0souffrances.<\/p>\n<h2>Faire face \u00e0 la souffrance franchement<\/h2>\n<p>Faire de la souffrance de J\u00e9sus le centre de notre r\u00e9ponse \u00e0 la souffrance nous m\u00e8ne \u00e0 plusieurs conclusions significatives. Cela nous rappelle que la souffrance est une r\u00e9alit\u00e9 mais qu\u2019elle ne faisait pas partie du plan original de Dieu. La souffrance est la perte de ce qui est bon. Il arrive aussi qu\u2019elle soit la cons\u00e9quence de nos propres choix. Notre r\u00e9action instinctive \u00e0 la souffrance est de dire\u00a0: \u00ab\u00a0Oh non. \u00c7a ne va pas. Cela ne doit pas m\u2019arriver\u00a0!\u00a0\u00bb N\u2019h\u00e9sitons pas \u00e0 proclamer ce sentiment\u00a0! Nous n\u2019avons pas \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s pour souffrir.<\/p>\n<p>On \u00e9limine ainsi certains des lieux communs r\u00e9p\u00e9t\u00e9s \u00e0 ceux qui souffrent\u00a0: \u00ab\u00a0Par rapport aux difficult\u00e9s d\u2019autres personnes, les v\u00f4tres ne sont pas si graves.\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Vos ennuis sont pour votre bien. Un jour, vous comprendrez.\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Rien n\u2019arrive sans raison. Dieu veut vous donner une le\u00e7on importante.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Certes, il arrive que les choses s\u2019arrangent au mieux. Mais il arrive aussi que ce ne soit pas le cas. Parfois tout va mal, et tout continue d\u2019aller mal. Le Livre des Psaumes donne sa pleine expression \u00e0 la profondeur de la d\u00e9tresse humaine \u2013 de fait, plus de la moiti\u00e9 en est consacr\u00e9 \u00e0 ce qu\u2019un auteur a nomm\u00e9 \u00ab\u00a0les terres glac\u00e9es de notre c\u0153ur\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Martin Marty, historien sp\u00e9cialiste de l\u2019Eglise, d\u00e9crit la perte de sa femme, emport\u00e9e par le cancer apr\u00e8s trente ans, ou presque, de mariage. Pendant ses derniers mois d\u2019hospitalisation, tous deux lisaient tour \u00e0 tour un psaume \u00e0 voix haute au moment des m\u00e9dicaments de minuit. Il lisait les psaumes pairs et elle les psaumes impairs.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Mais apr\u00e8s une journ\u00e9e particuli\u00e8rement douloureuse, qui avait profond\u00e9ment malmen\u00e9 son corps et mon \u00e2me, \u00e9crit-il, je n\u2019ai pas eu le courage de lire un psaume particuli\u00e8rement sombre, que j\u2019ai donc \u00e9vit\u00e9\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Qu\u2019est-il arriv\u00e9 au Psaume 88, dit-elle. Pourquoi l\u2019as-tu saut\u00e9\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0J\u2019ai pens\u00e9 que tu ne pourrais pas le supporter ce soir. Je ne suis pas s\u00fbr que je le pourrais. Non\u00a0: je suis s\u00fbr que je ne pourrais pas [le supporter].\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0S\u2019il-te-pla\u00eet, lis-le moi,\u00a0\u00bb dit-elle.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Bon\u00a0:\u00a0<em>&#8230;le jour je crie au secours, la nuit je me tiens devant toi&#8230; J\u2019en ai plus qu\u2019assez des malheurs et je suis \u00e0 deux doigts de la mort&#8230; Tu m\u2019as mis au fond du gouffre, dans l\u2019obscurit\u00e9 profonde de la mort&#8230;<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Merci, dit-elle, c\u2019est de ce genre de paroles dont j\u2019ai le plus besoin.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Apr\u00e8s cet \u00e9change&#8230; nous avons continu\u00e9 de parler, se souvient M. Marty. Lentement et doucement, dans la tristesse de minuit mais dans la chaleur de nos pr\u00e9sences mutuelles et conscients de la pr\u00e9sence divine, nous conv\u00eenmes que souvent les plus aust\u00e8res Ecritures \u00e9taient les indices les plus cr\u00e9dibles de la Pr\u00e9sence, rencontr\u00e9s aux pires moments. Quand la vie se ram\u00e8ne \u00e0 ce qu\u2019elle a de plus simple, on d\u00e9sire entendre des paroles de consolation, des dictons r\u00e9confortants, des voix d\u2019espoir pr\u00e9serv\u00e9es par l\u2019\u00e9crit. Mais tout cela ne prend son sens que sur la toile de fond&#8230; des paroles les plus sombres<sup>3<\/sup>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les gens ont le droit de confronter ouvertement leur souffrance. Ils ont besoin de savoir que Dieu conna\u00eet et estime leurs \u00e9preuves. Dans un texte r\u00e9agissant au d\u00e9c\u00e8s de son fils, le philosophe Nicholas Wolterstorff d\u00e9crit sa lutte pour \u00ab\u00a0s\u2019approprier\u00a0\u00bb sa peine \u2013 selon ses propres termes. \u00ab\u00a0L\u2019attitude occidentale moderne consiste \u00e0 renier sa peine\u00a0: \u00e0 s\u2019en d\u00e9barrasser, \u00e0 la mettre derri\u00e8re soi, \u00e0 continuer de vivre, \u00e0 l\u2019expulser de ses pens\u00e9es, \u00e0 s\u2019assurer qu\u2019elle ne fait pas partie de notre identit\u00e9.\u00a0\u00bb Pour comprendre ce qu\u2019il veut dire, il suffit de songer \u00e0 l\u2019aisance avec laquelle les pr\u00e9sentateurs de journaux t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s parlent de \u00ab\u00a0r\u00e9tablissement\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0point final\u00a0\u00bb quelques heures seulement apr\u00e8s qu\u2019une horrible trag\u00e9die se soit abattue. \u00ab\u00a0J\u2019ai lutt\u00e9, \u00e9crit N. Wolterstorff, pour m\u2019approprier ma peine, pour qu\u2019elle fasse partie de mon identit\u00e9\u00a0: si vous voulez savoir qui je suis, il faut que vous sachiez que je suis quelqu\u2019un dont le fils est mort<sup>4<\/sup>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h2>Transcender la souffrance<\/h2>\n<p>S\u2019il importe d\u2019admettre toute la r\u00e9alit\u00e9 de la souffrance, ainsi que son caract\u00e8re injuste, il importe tout autant de refuser de lui laisser le dernier mot. La souffrance est peut-\u00eatre un \u00e9l\u00e9ment in\u00e9vitable de notre histoire, mais elle ne constitue pas \u00e0 elle seule toute notre histoire. Nous pouvons \u00eatre plus grands que nos souffrances.<\/p>\n<p>Les humains transcendent leur souffrance de diff\u00e9rentes fa\u00e7ons. L\u2019une consiste \u00e0 refuser courageusement de se laisser dominer par elle. C\u2019est le th\u00e8me central de l\u2019ouvrage de Viktor Frankl,\u00a0<em>D\u00e9couvrir un sens \u00e0 sa vie<\/em><sup>5<\/sup>. Quand toutes les libert\u00e9s nous sont retir\u00e9es, il nous reste toujours celle de d\u00e9cider comment r\u00e9agir. Lorsque nous ne pouvons modifier notre situation, le d\u00e9fi qui nous est lanc\u00e9 est de nous changer nous-m\u00eames. Et il va de soi que plus ce d\u00e9fi est rude, plus il nous faut du courage pour le relever. Aussi d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9es que puissent \u00eatre les circonstances, nous pouvons les surmonter en refusant de les laisser d\u00e9terminer le sens de notre vie. Nous pouvons nous montrer plus grands que nos souffrances.<\/p>\n<p>Cet appel au courage repose sur la conviction que souffrir ne diminue en rien notre valeur d\u2019\u00eatres humains, chose que nous devons tout particuli\u00e8rement retenir si la r\u00e9ussite donne un sens \u00e0 l\u2019existence individuelle. Ayant subi un pontage coronarien, mon beau-p\u00e8re a fortement craint de ne plus pouvoir \u00eatre utile. Pour lui, la vie ne valait plus la peine d\u2019\u00eatre v\u00e9cue sans activit\u00e9 productive.<\/p>\n<p>Transcender nos souffrances implique aussi d\u2019\u00eatre conscient que nous ne souffrons pas seuls\u00a0: Dieu est avec nous dans nos souffrances. Selon la foi chr\u00e9tienne, l\u2019histoire de J\u00e9sus est l\u2019histoire m\u00eame de Dieu, avec son apog\u00e9e dans la crucifixion, moment d\u2019agonie et de solitude. D\u2019aucuns croient que le Christ a souffert pour que nous n\u2019ayons pas \u00e0 le faire. Mais la croix est autant un symbole de solidarit\u00e9 que de substitution. J\u00e9sus n\u2019a pas souffert\u00a0<em>pour<\/em>\u00a0nous, Il a souffert\u00a0<em>avec<\/em>\u00a0nous.<\/p>\n<p>Dans la perspective chr\u00e9tienne, cela t\u00e9moigne de la pr\u00e9sence de Dieu avec nous dans nos souffrances, de l\u2019importance, \u00e0 ses yeux, de tout ce qui nous arrive. L\u2019\u00e9p\u00eetre de Paul aux Romains contient l\u2019\u00e9clatante assurance que rien ne peut nous s\u00e9parer de l\u2019amour de Dieu en J\u00e9sus Christ\u00a0: \u00ab\u00a0&#8230;ni la mort, ni la vie, ni des anges, ni d\u2019autres autorit\u00e9s ou puissances c\u00e9lestes, ni le pr\u00e9sent, ni l\u2019avenir, ni les forces d\u2019en haut ni celles d\u2019en bas, ni aucune autre chose cr\u00e9\u00e9e, rien ne pourra jamais nous s\u00e9parer&#8230;\u00a0\u00bb de lui (Romains 8.35-39).<\/p>\n<p>Rien ne peut nous s\u00e9parer de Dieu, non seulement parce qu\u2019il sera avec nous quand toutes ces choses ne seront plus, mais parce qu\u2019il est avec nous quand elles se manifestent\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne redoute aucun mal, Seigneur, car tu m\u2019accompagnes\u00a0\u00bb (Psaume 23.4).<\/p>\n<h2>Une r\u00e9ponse d\u2019espoir<\/h2>\n<p>Pour ceux qui ont foi en l\u2019avenir, la souffrance n\u2019a jamais le dernier mot. Donc, toute r\u00e9ponse efficace \u00e0 la souffrance implique n\u00e9cessairement de l\u2019espoir, cet espoir manifest\u00e9 principalement par le puissant d\u00e9sir de mettre la souffrance au service d\u2019un objectif valable, de donner \u00e0 la trag\u00e9die une finalit\u00e9 positive. Apr\u00e8s la mort de Nicholas Green, jeune Am\u00e9ricain assassin\u00e9 par des malfaiteurs sur une route italienne, il y a plusieurs ann\u00e9es, ses parents ont mis ses organes \u00e0 la disposition des chirurgiens. Leur d\u00e9cision a sauv\u00e9 plusieurs vies et a transform\u00e9 l\u2019attitude des Am\u00e9ricains envers le don d\u2019organes. Nous voulons que nos deuils servent \u00e0 quelque chose. Nous ne pouvons les laisser infliger des trous b\u00e9ants au tissu de nos vies. Il nous faut, d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, les combler, en tirer des le\u00e7ons, grandir en les d\u00e9passant. Et justement, la foi chr\u00e9tienne soutient cet espoir de toute l\u2019assurance que \u00ab\u00a0toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu\u00a0\u00bb (Romains 8.28, Segond).<\/p>\n<p>L\u2019esp\u00e9rance chr\u00e9tienne nous oriente aussi vers un avenir au-del\u00e0 de la mort, vers un temps o\u00f9 la souffrance sera du pass\u00e9. Comme l\u2019explique Paul, la mort est l\u2019<em>ennemi<\/em>\u00a0\u2013 \u00e9trang\u00e8re \u00e0 ce que nous devions \u00eatre au d\u00e9part. Mais c\u2019est un ennemi\u00a0<em>vaincu<\/em>\u00a0\u2013 au pouvoir chancelant et qui sera un jour d\u00e9truit (1 Corinthiens 15.26). La r\u00e9surrection de J\u00e9sus proclame cette promesse de Dieu\u00a0: la mort n\u2019aura pas le dernier mot. Cela nous assure un amour divin suffisamment fort pour vaincre la mort et \u00e9radiquer la souffrance.<\/p>\n<p>Pris dans leur ensemble, ces \u00e9l\u00e9ments donnent r\u00e9ponse \u00e0 notre question initiale. Demander\u00a0: \u00ab\u00a0quel est le sens de la souffrance\u00a0?\u00a0\u00bb n\u2019appelle pas de r\u00e9ponse, car la souffrance n\u2019a en elle-m\u00eame aucun sens. Mais un \u00ab\u00a0oui\u00a0!\u00a0\u00bb retentissant r\u00e9pond \u00e0 cette autre question\u00a0: \u00ab\u00a0peut-on donner un sens \u00e0 la souffrance\u00a0?\u00a0\u00bb Avec la foi en Dieu, nous pouvons trouver du sens\u00a0<em>dans, \u00e0 travers<\/em>\u00a0et\u00a0<em>en d\u00e9pit<\/em>\u00a0de la souffrance.<\/p>\n<p class=\"about\">Titulaire d\u2019un doctorat de la facult\u00e9 de th\u00e9ologie de l\u2019Universit\u00e9 de Chicago, Richard Rice est professeur de religion \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Loma Linda. Il a \u00e9crit quatre ouvrages, dont\u00a0<em>The Openness of God<\/em>\u00a0et\u00a0<em>Reign of God<\/em>, ainsi qu\u2019un bon nombre d\u2019articles. Adresse postale\u00a0: Loma Linda University\u00a0; Loma Linda, California 92350\u00a0; U.S.A. E-mail\u00a0: rrice@rel.llu.edu<\/p>\n<h2>Citation recommand\u00e9e<\/h2>\n<p>RICE Richard, \u00ab Trouver un sens \u00e0 la souffrance\u00a0? \u00bb,\u00a0<i>Dialogue<\/i>\u00a012 (2000\/2), p. 10-13<\/p>\n<h2>Notes et r\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<section class=\"references\">\n<ol>\n<li>Une premi\u00e8re version de cet article est parue dans le num\u00e9ro du printemps 1999 d\u2019<em>Update<\/em>, publication du Centre de bio\u00e9thique chr\u00e9tienne de l\u2019Universit\u00e9 de Loma Linda.<\/li>\n<li>Fedor Dosto\u00efevski,\u00a0<em>Les fr\u00e8res Karamazov<\/em>, livre v, chapitre iv \u00ab\u00a0La r\u00e9volte\u00a0\u00bb (Paris, Gallimard, 1952), \u00e9dition\u00a0<em>Folio<\/em>, vol. 1, p. 337.<\/li>\n<li>Martin E. Marty,\u00a0<em>A cry of absence\u00a0: Reflections for the winter of the heart<\/em>, 2\u00e8me \u00e9d. (San Francisco, Harper San Francisco, 1993), p. xi-xii.<\/li>\n<li>Nicholas Wolterstorff, \u00ab\u00a0The grace that shaped my life\u00a0\u00bb, in\u00a0<em>Philosophers who believe\u00a0: The spiritual journeys of eleven leading thinkers<\/em>, sous la dir. de Kelly James Clark (Downers Grove, Illinois, InterVarsity Press, 1993), p. 273-275.<\/li>\n<li>Viktor E. Frankl,\u00a0<em>D\u00e9couvrir le sens de sa vie\u00a0: avec la logoth\u00e9rapie<\/em>\u00a0(Montr\u00e9al, Editions de l\u2019homme, 1988), 170 pages.<\/li>\n<\/ol>\n<\/section>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<footer>\n<div class=\"wrapper\"><a href=\"https:\/\/education.adventist.org\/amicus\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">\u00a9 Comit\u00e9 pour les \u00e9tudiants et dipl\u00f4m\u00e9s universitaires adventistes (CEDUA)<\/a>, 2014 &#8211; 2019 \u00a0\u00a0|\u00a0\u00a0\u00a0<a href=\"https:\/\/dialogue.adventist.org\/fr\/confidentialite\">Confidentialit\u00e9<\/a><\/div>\n<\/footer>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Richard Rice Pouvons-nous trouver un sens aux d\u00e9ceptions et aux afflictions inflig\u00e9es par la vie\u00a0? Pouvons-nous r\u00e9agir avec courage et esprit aux pertes subies\u00a0? La r\u00e9ponse est parfois claire, parfois pas1. Il y a longtemps, mon patron m\u2019avait promis un poste qui d\u00e9passait toutes mes esp\u00e9rances. 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