{"id":1337,"date":"2019-08-07T19:02:16","date_gmt":"2019-08-07T19:02:16","guid":{"rendered":"https:\/\/www.adventdesk.com\/home\/?p=1337"},"modified":"2019-08-07T19:02:16","modified_gmt":"2019-08-07T19:02:16","slug":"perdue-et-retrouvee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.adventdesk.com\/home\/perdue-et-retrouvee\/","title":{"rendered":"Perdue et retrouv\u00e9e"},"content":{"rendered":"<p><main class=\"layout-version-1\"><\/p>\n<div class=\"wrapper\">\n<p class=\"byline\">John Wesley Taylor V et Miriam Louise Taylor<\/p>\n<p class=\"subhead\">Lorsque j\u2019entourai de mes bras ma brebis ensanglant\u00e9e, je sentis mon c\u0153ur \u00e9clater \u2013 d\u2019angoisse, \u00e0 cause de sa souffrance, et de joie, parce que je l\u2019avais enfin retrouv\u00e9e !<\/p>\n<p>\u00ab Voyez comme il se sent \u00e0 l\u2019aise parmi les publicains, les p\u00e9cheurs, les viles cr\u00e9atures ! Comment peut-il s\u2019associer \u00e0 une telle racaille ? \u00bb<\/p>\n<p>Les rabbis enseignaient qu\u2019un p\u00e9cheur doit se repentir de ses fautes pour que Dieu soit enclin \u00e0 l\u2019aimer, ou m\u00eame, \u00e0 lui pr\u00eater attention. Quant aux pharisiens, ils se glorifiaient en pensant qu\u2019au ciel, c\u2019\u00e9tait la f\u00eate d\u00e8s que ceux qui provoquaient Dieu disparaissaient de la terre.<\/p>\n<p>J\u00e9sus leur raconta donc une histoire sur la gr\u00e2ce et le pardon \u2013 une parabole illustrant le d\u00e9sir du P\u00e8re de ne voir personne p\u00e9rir, une chronique de l\u2019amour de Dieu pour ceux qui se savent perdus mais n\u2019arrivent pas \u00e0 retrouver leur chemin.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<h2>La brebis perdue<\/h2>\n<p><i>Le souvenir de ce jour-l\u00e0 restera grav\u00e9 \u00e0 tout jamais dans ma m\u00e9moire. C\u2019\u00e9tait la fin de l\u2019\u00e9t\u00e9. Comme l\u2019eau se faisait rare et que les p\u00e2turages des plaines \u00e9taient dess\u00e9ch\u00e9s, notre berger jugea bon de nous emmener pa\u00eetre en montagne.<\/i><\/p>\n<p><i>C\u2019\u00e9tait un jour paisible, lumineux, comme tous les autres. J\u2019\u00e9tais en parfaite s\u00e9curit\u00e9 au sein du troupeau. Je ne manquais de rien. Mais au cours de l\u2019apr\u00e8s-midi, je ne sais vraiment pas ce qui me prit : un d\u00e9sir d\u2019ind\u00e9pendance, un sentiment de suffisance. J\u2019en avais assez de suivre sans cesse le berger. Je me dis que j\u2019\u00e9tais parfaitement capable d\u2019explorer les environs sans lui. Ces montagnes \u00e9taient tellement attirantes !<\/i><\/p>\n<p><i>Au d\u00e9but, je ne m\u2019\u00e9loignai gu\u00e8re. D\u00e8s que quelque chose me faisait peur, je rebroussais chemin imm\u00e9diatement.<\/i><\/p>\n<p><i>Mais au bout d\u2019un certain temps, je devins plus hardie. Apr\u00e8s tout, il ne s\u2019\u00e9tait rien pass\u00e9 de grave. J\u2019arriverais sans doute \u00e0 me suffire \u00e0 moi-m\u00eame. Si j\u2019agissais \u00e0 ma guise, la vie serait bien plus passionnante ! De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de ce versant, l\u2019herbe \u00e9tait certainement plus verte !<\/i><\/p>\n<p><i>Alors, sans bruit, je tournai le dos au berger et pris la cl\u00e9 des champs. Je pense que les autres brebis ne s\u2019aper\u00e7urent m\u00eame pas de mon absence \u2013 en tout cas, aucune ne sonna l\u2019alarme.<\/i><\/p>\n<p><i>Au d\u00e9but, tout me sembla merveilleux, extraordinaire. L\u2019herbe n\u2019avait jamais eu aussi bon go\u00fbt. Les fleurs n\u2019avaient jamais eu de couleurs aussi vives. Je me sentis audacieuse, libre et tr\u00e8s d\u00e9brouillarde.<\/i><\/p>\n<p><i>Je commen\u00e7ai \u00e0 escalader l\u2019une des montagnes que j\u2019avais tant r\u00eav\u00e9 d\u2019explorer. Imaginez ! Se tenir l\u00e0-haut, sur ce sommet surplombant la prairie ! Mes copines allaient dr\u00f4lement m\u2019envier !<\/i><\/p>\n<p><i>Mais voil\u00e0, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 que mes probl\u00e8mes commenc\u00e8rent. Non. Disons plut\u00f4t que c\u2019est l\u00e0 que je compris que j\u2019\u00e9tais dans le p\u00e9trin. Mes difficult\u00e9s avaient commenc\u00e9 non pas quand j\u2019avais abandonn\u00e9 mon berger, mais quand je m\u2019\u00e9tais dit que je pouvais tr\u00e8s bien me d\u00e9brouiller sans lui. Maintenant, seule sur cette pente, un endroit o\u00f9 le berger ne nous avait jamais conduites, je commen\u00e7ai \u00e0 me rendre compte de la gravit\u00e9 de ma situation.<\/i><\/p>\n<p><i>Il n\u2019y avait pas grand-chose \u00e0 manger. Le versant \u00e9tait couvert de buissons \u00e9pineux. Et mon estomac r\u00e9clamait. J\u2019aper\u00e7us une touffe d\u2019herbe sous un buisson. Je n\u2019avais jamais rien d\u00e9sir\u00e9 \u00e0 ce point-l\u00e0. Cette touffe d\u2019herbe, je l\u2019aurais ! Je r\u00e9ussis \u00e0 grand mal \u00e0 me glisser sous le buisson pour l\u2019atteindre.<\/i><\/p>\n<p><i>Les premi\u00e8res bouch\u00e9es me parurent d\u00e9licieuses. Je n\u2019avais jamais mastiqu\u00e9 une herbe aussi tendre. Mais \u00e0 peine aval\u00e9e, la bouch\u00e9e remplit ma gorge d\u2019un go\u00fbt amer et r\u00e9pugnant. Trop tard pour les regrets ! Il \u00e9tait temps de sortir de l\u00e0. J\u2019essayai de me d\u00e9gager du buisson, mais sans y parvenir. Les ronces s\u2019accrochaient \u00e0 ma toison.<\/i><\/p>\n<p><i>Plus je tirais, plus les \u00e9pines s\u2019enfon\u00e7aient dans ma peau. Au bord de la panique, je fis une tentative d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e pour me d\u00e9gager. Cet \u00e9lan forcen\u00e9 me co\u00fbta plusieurs touffes de laine. Les \u00e9pines p\u00e9n\u00e9tr\u00e8rent profond\u00e9ment dans ma chair. Je vis que par endroit ma toison se teintait d\u2019un rouge vif. Mon beau manteau de laine ! Je m\u2019\u00e9tais conduite en vraie folle !<\/i><\/p>\n<p><i>Je pense que c\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que j\u2019eus l\u2019id\u00e9e de faire demi-tour et de retrouver mon berger. Mais un instant plus tard, je regardai de nouveau la montagne. Comme son sommet me semblait proche maintenant ! La vue de l\u00e0-haut devait \u00eatre imprenable. Quelles histoires j\u2019aurais \u00e0 raconter !<\/i><\/p>\n<p><i>Je repris mon ascension de plus belle. \u00c0 ces hauteurs, la v\u00e9g\u00e9tation \u00e9tait encore plus rare. En plus, je n\u2019avais pas bu une goutte d\u2019eau depuis plusieurs heures. Ma gorge br\u00fblait, ma langue \u00e9tait aussi r\u00e2peuse que du papier de verre, et mon estomac me faisait vraiment mal \u2013 ce que j\u2019attribuai \u00e0 l\u2019herbe am\u00e8re que j\u2019avais aval\u00e9e.<\/i><\/p>\n<p><i>Un vent froid, p\u00e9n\u00e9trant, se mit \u00e0 souffler. Le soleil \u00e9tait sur le point de se coucher. \u00c0 la nuit tomb\u00e9e, je me sentis seule et vuln\u00e9rable. Toutes mes visions de grandeur se volatilis\u00e8rent.<\/i><\/p>\n<p><i>Soudain, j\u2019entendis le hurlement terrifiant d\u2019une b\u00eate sauvage. Je n\u2019avais encore jamais entendu un tel hurlement. Un frisson me parcourut l\u2019\u00e9chine. La peur me figea sur place. Je ne respirais qu\u2019\u00e0 grand peine.<\/i><\/p>\n<p><i>Le hurlement reprit dans les t\u00e9n\u00e8bres, bien plus pr\u00e8s de moi. La panique me saisit. Je me mis \u00e0 trembler de tous mes membres. La mort dans l\u2019\u00e2me, je r\u00e9ussis \u00e0 me dresser sur mes pattes et \u00e0 prendre la fuite. Il fallait absolument que je retrouve mon berger !<\/i><\/p>\n<p><i>Je ne savais pas o\u00f9 j\u2019allais. Je ne voyais rien, et en v\u00e9rit\u00e9, je n\u2019avais pas la moindre id\u00e9e de la direction \u00e0 prendre.<\/i><\/p>\n<p><i>Dans mon d\u00e9sespoir, je me mis \u00e0 courir dans la nuit comme une folle. Tout \u00e0 coup, mes pattes ne touch\u00e8rent plus le sol. Je me cognais aux rochers. Je butais sur des racines. Je d\u00e9rapais. Je d\u00e9gringolais. Je me suis retrouv\u00e9e au fond d\u2019un ravin.<\/i><\/p>\n<p><i>J\u2019avais mal partout ! Il me semblait que ma t\u00eate allait \u00e9clater. Je crois que je me suis \u00e9vanouie quelques instants.<\/i><\/p>\n<p><i>Quand je repris connaissance, j\u2019\u00e9tais allong\u00e9e dans la boue. Ou plut\u00f4t, dans une sorte de fange gluante et malodorante. C\u2019\u00e9tait infect et \u00e9c\u0153urant. J\u2019essayai de me relever. Ma patte gauche \u00e9tait tordue, bizarrement repli\u00e9e sous moi, et me faisait terriblement mal.<\/i><\/p>\n<p><i>Finalement, je compris que m\u00eame si je n\u2019avais rien de cass\u00e9, il me serait impossible de sortir par moi-m\u00eame de ce ravin. Les parois \u00e9taient raides et s\u2019effritaient. Et il me semblait impossible de franchir les grosses pierres qui tapissaient le fond de cette fosse.<\/i><\/p>\n<p><i>Jamais je ne m\u2019\u00e9tais sentie aussi mal, aussi d\u00e9prim\u00e9e, aussi seule. Ah, si seulement je pouvais \u00eatre dans la bergerie, en s\u00e9curit\u00e9 ! Si seulement j\u2019\u00e9tais parmi les miens ! Pourquoi avais-je \u00e9t\u00e9 aussi folle, aussi t\u00e9m\u00e9raire ?<\/i><\/p>\n<h2>La recherche<\/h2>\n<p>J\u2019aime mes brebis. Je les aime parce qu\u2019elles m\u2019appartiennent. Je les connais toutes par leur nom.<\/p>\n<p>Je n\u2019oublierai jamais cet apr\u00e8s-midi o\u00f9 je d\u00e9couvris que l\u2019une d\u2019elles manquait. Je le savais parce que je les comptais. En g\u00e9n\u00e9ral, les bergers comptent les animaux de leur troupeau tous les soirs, quand ils entrent dans la bergerie. Mais personnellement, je les compte souvent au cours de la journ\u00e9e. Quand une temp\u00eate \u00e9clate o\u00f9 qu\u2019une b\u00eate sauvage nous surprend, certaines brebis, dans leur panique, prennent souvent la fuite.<\/p>\n<p>Cet apr\u00e8s-midi-l\u00e0, bien que tout soit calme et paisible, j\u2019eus l\u2019impression que quelque chose clochait, qu\u2019une brebis manquait. Je balayai le troupeau du regard, et cette premi\u00e8re impression s\u2019accrut. Apr\u00e8s les avoir compt\u00e9es de nouveau, j\u2019en fus convaincu. Elles n\u2019\u00e9taient plus cent, mais quatre-vingt- dix-neuf. L\u2019une d\u2019elles s\u2019\u00e9tait bel et bien perdue.<\/p>\n<p>L\u2019inqui\u00e9tude et l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 me saisirent, car les brebis sont les cr\u00e9atures les plus impuissantes et vuln\u00e9rables qui soient. Elles n\u2019ont, en effet, aucune protection naturelle contre les pr\u00e9dateurs.<\/p>\n<p>En outre, une brebis, une fois perdue, est incapable de retrouver son chemin. Elle erre de montagne en ravin. Si personne ne vient \u00e0 son secours, il en sera ainsi jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elle meure, emp\u00eatr\u00e9e dans des ronces, ou enlis\u00e9e dans la vase, ou coinc\u00e9e dans une crevasse ou une faille. Autrement dit, une brebis que personne ne cherche ne revient jamais.<\/p>\n<p>Je fis rentrer mon troupeau dans la bergerie. \u00c0 l\u2019horizon, des nuages mena\u00e7ants se profilaient. Il semblait qu\u2019un orage \u00e9claterait sous peu. Et puis, l\u2019apr\u00e8s-midi \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 bien avanc\u00e9. La nuit tomberait bient\u00f4t.<\/p>\n<p>J\u2019avertis mes amis et mes voisins que je partais \u00e0 la recherche de ma brebis perdue. Je ne pris le temps ni de manger, ni de me reposer. Comment l\u2019aurais-je pu en sachant que ma pauvre b\u00eate d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e errait \u00e0 droite et \u00e0 gauche et risquait \u00e0 tout moment d\u2019\u00eatre victime d\u2019une b\u00eate sauvage ?<\/p>\n<p>Je fermai la porte de la bergerie et partis \u00e0 sa recherche. Je me dis qu\u2019elle avait sans doute commenc\u00e9 \u00e0 grimper vers un sommet. C\u2019est ce qui arrive souvent lorsqu\u2019une brebis s\u2019\u00e9gare.<\/p>\n<p>Le vent balayait la plaine, maintenant. Je la traversai et commen\u00e7ai \u00e0 escalader le flanc escarp\u00e9 de la montagne. Je fouillai attentivement les buissons, franchis tant bien que mal les ravins, et me hissai sur les saillies rocheuses. Je scrutai les pr\u00e9cipices et les pentes. Presque \u00e0 chaque pas, j\u2019appelais ma brebis par son nom, mais en vain.<\/p>\n<p>Le soleil se coucha. Les t\u00e9n\u00e8bres s\u2019\u00e9paissirent vite. Des \u00e9clairs s\u2019\u00e9chappaient des nuages mena\u00e7ants et z\u00e9braient le ciel. Le roulement du tonnerre se r\u00e9percutait d\u2019un pan de rocher \u00e0 l\u2019autre. Un vent glacial tournoyait autour des sommets et balayait un paysage d\u00e9sol\u00e9, bient\u00f4t noy\u00e9 sous une pluie battante.<\/p>\n<p>En m\u00eame temps que l\u2019orage, mon anxi\u00e9t\u00e9 et mes craintes s\u2019intensifiaient. Une brebis expos\u00e9e aux \u00e9l\u00e9ments dans de telles conditions peut p\u00e9rir en un laps de temps tr\u00e8s court. Je devais faire l\u2019impossible pour retrouver ma brebis avant que le pire ne lui arrive.<\/p>\n<p>J\u2019avais \u00e0 tel point r\u00e9solu de retrouver ma brebis que j\u2019oubliai mon \u00e9puisement, ma faim, le froid qui me p\u00e9n\u00e9trait jusqu\u2019aux os, les ronces qui \u00e9gratignaient mes chevilles, les pierres rugueuses qui tailladaient mes mains. Je remarquai \u00e0 peine que j\u2019\u00e9tais secou\u00e9 par de violents frissons en raison de la pluie glaciale et de l\u2019eau tout aussi froide des torrents que je devais traverser.<\/p>\n<p>Co\u00fbte que co\u00fbte, il fallait que je retrouve ma brebis perdue.<\/p>\n<h2>La brebis retrouv\u00e9e<\/h2>\n<p><i>Quand l\u2019orage \u00e9clata, je me retrouvai vite dans une mare. L\u2019eau glac\u00e9e imbiba ma toison. Le froid me p\u00e9n\u00e9tra jusqu\u2019aux os. Je tremblais de tous mes membres et je crus que c\u2019\u00e9tait le commencement de ma fin.<\/i><\/p>\n<p><i>La violence de l\u2019orage s\u2019accrut. Les \u00e9clairs me terrifiaient. Les coups de tonnerre me paralysaient. Chaque fois qu\u2019un \u00e9clair frappait \u00e0 proximit\u00e9, je fr\u00e9missais de panique.<\/i><\/p>\n<p><i>Soudain, un \u00e9clair frappa un rocher au bord m\u00eame du ravin. Je reculai de terreur et souhaitai mourir. Je n\u2019avais jamais ressenti une telle terreur.<\/i><\/p>\n<p><i>Comme dans un r\u00eave, je pensai \u00e0 mon berger. O\u00f9 pouvait-il \u00eatre maintenant ? Que faisait-il ? Essayait-il de calmer les agneaux ? Les prenait-il dans ses bras comme il le faisait souvent quand l\u2019orage grondait ?<\/i><\/p>\n<p><i>Avait-il remarqu\u00e9 mon absence ? Si oui, que pensait-il de moi ? Peut- \u00eatre qu\u2019il se disait en soupirant : \u00ab Laissons-la faire, si c\u2019est ce qu\u2019elle veut. Les quatre-vingt-dix-neuf autres compenseront sa perte. \u00bb La v\u00e9rit\u00e9, c\u2019est que je n\u2019\u00e9tais ni b\u00e9lier, ni agneau de prix \u2013 mais seulement une brebis bien ordinaire, sans rien de sp\u00e9cial.<\/i><\/p>\n<p><i>Peut-\u00eatre avait-il pens\u00e9 se mettre \u00e0 ma recherche, pour finalement se dire : \u00ab Tout compte fait, c\u2019est trop difficile. Si elle revient, je lui ouvrirai la porte. Je ne vais certainement pas sortir la chercher par un temps pareil. \u00bb<\/i><\/p>\n<p><i>Si seulement je m\u2019\u00e9tais \u00e9gar\u00e9e plus t\u00f4t dans la journ\u00e9e ! Il aurait peut-\u00eatre essay\u00e9 de me trouver. Si seulement je ne m\u2019\u00e9tais pas autant \u00e9loign\u00e9e du troupeau ! Si seulement je n\u2019\u00e9tais pas tomb\u00e9e dans ce ravin sauvage&#8230; Si seulement&#8230;<\/i><\/p>\n<p>Je cherchai ma pauvre petite brebis toute la nuit, ou presque. Il me semblait maintenant impossible de la retrouver. Ma gorge se noua \u00e0 la pens\u00e9e qu\u2019elle \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 morte.<\/p>\n<p>Mais il ne fallait pas d\u00e9sesp\u00e9rer. Je devais la trouver. Je ne cessais pas de l\u2019appeler, mais mes paroles semblaient se perdre dans le vent et les t\u00e9n\u00e8bres.<\/p>\n<p><i>Je me r\u00e9signai \u00e0 la mort. Ce ne serait certainement pas long. Je ne sentais d\u00e9j\u00e0 presque plus rien. J\u2019avais presque perdu toute envie de vivre.<\/i><\/p>\n<p><i>J\u2019\u00e9tais sur le point de m\u2019\u00e9vanouir, lorsque je l\u2019entendis&#8230; Je m\u2019imaginai que mon berger m\u2019appelait. \u00d4 r\u00eave si tendre, si merveilleux&#8230; Mais non ! Je l\u2019entendis de nouveau. C\u2019\u00e9tait vraiment la voix de mon berger ! Il m\u2019appelait ! Il criait mon nom !<\/i><\/p>\n<p><i>Je ne sais o\u00f9 je trouvai la force de pousser un b\u00ealement. Il \u00e9tait si faible qu\u2019il fut comme \u00e9touff\u00e9 par les t\u00e9n\u00e8bres.<\/i><\/p>\n<p><i>Imm\u00e9diatement, je me sentis mortifi\u00e9e. Et si mon berger me d\u00e9couvrait dans cet \u00e9tat lamentable, plong\u00e9e dans ce bourbier, d\u00e9sob\u00e9issante, coupable, souill\u00e9e ? Me lancerait-il un regard de condamnation et de reproche ? Me r\u00e9primanderait-il ? Me dirait-il durement que je n\u2019aurais pas d\u00fb me perdre ? Je le savais d\u00e9j\u00e0. Prononcerait-il des paroles de bl\u00e2me et de critique ? Il avait tous les droits de le faire, mais je ne pense pas que je pourrais le supporter. Ce serait plus douloureux encore que tout ce que j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 endur\u00e9.<\/i><\/p>\n<p><i>Je baissai donc la t\u00eate et me tus. Mieux valait qu\u2019il ne me trouve pas, ne me voie pas&#8230;<\/i><\/p>\n<p>Quand j\u2019entendis un faible b\u00ealement de terreur, mon c\u0153ur bondit de joie ! Ma petite brebis \u00e9tait encore en vie ! Mon soulagement fut pourtant de courte dur\u00e9e. La faiblesse de son cri me disait que la mort n\u2019\u00e9tait plus tr\u00e8s loin.<\/p>\n<p>Je courus follement dans la direction de ce b\u00ealement. Tr\u00e9buchant dans les t\u00e9n\u00e8bres, j\u2019arrivai au bord d\u2019un ravin. Se pourrait-il qu\u2019elle soit l\u00e0, tout en bas ?<\/p>\n<p>Sans r\u00e9fl\u00e9chir, je me laissai glisser jusqu\u2019au bas de la pente raide.<\/p>\n<p><i>Une petite avalanche de pierres \u00e0 l\u2019autre bout du ravin m\u2019apprit que quelque chose, ou quelqu\u2019un, d\u00e9valait rapidement le versant. Je ne sais pas comment je le compris, mais je sus que c\u2019\u00e9tait mon berger.<\/i><\/p>\n<p><i>Pendant un moment, j\u2019eus l\u2019impulsion de m\u2019enfuir, d\u2019\u00e9chapper \u00e0 sa pr\u00e9sence, mais je la repoussai imm\u00e9diatement. N\u2019\u00e9tait-ce pas justement ma fugue qui m\u2019avait pr\u00e9cipit\u00e9e dans cette crise ? S\u2019il \u00e9tait venu de si loin pour me chercher, c\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre parce qu\u2019il m\u2019aimait encore.<\/i><\/p>\n<p><i>Je b\u00ealai faiblement une seconde fois, et au m\u00eame instant il fut pr\u00e8s de moi. Il s\u2019arr\u00eata, tomba \u00e0 genoux, me prit dans ses bras, et enfouit son visage dans ma toison.<\/i><\/p>\n<p><i>Il ne me fit aucun reproche. Il ne me condamna pas. Il ne souffla mot de l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 et de la souffrance dont j\u2019\u00e9tais la cause. Il n\u2019avait qu\u2019une id\u00e9e en t\u00eate : me prendre dans ses bras, me serrer sur son c\u0153ur et me ranimer par la chaleur de son corps.<\/i><\/p>\n<h2>R\u00e9jouissance<\/h2>\n<p>Lorsque j\u2019entourai de mes bras ma brebis ensanglant\u00e9e, je sentis mon c\u0153ur \u00e9clater \u2013 d\u2019angoisse, \u00e0 cause de sa souffrance, et de joie, parce que je l\u2019avais enfin retrouv\u00e9e !<\/p>\n<p>Prudemment, lentement, je me frayai un chemin hors du ravin et me dirigeai vers la bergerie. Le jour allait poindre.<\/p>\n<p>J\u2019\u00e9tais tellement \u00e9mu, tellement reconnaissant de ne pas rentrer les bras vides que je poussai des cris de joie et chantai tout le long du retour. \u00ab R\u00e9jouissez-vous ! R\u00e9jouissez-vous, car j\u2019ai retrouv\u00e9 ma brebis qui \u00e9tait perdue ! \u00bb<\/p>\n<p>Comme nous approchions de la maison, je m\u2019arr\u00eatai chez mes amis et mes voisins et leur dis : \u00ab Venez ! R\u00e9jouissez-vous avec moi ! Ma brebis \u00e9tait presque morte, et elle est revenue \u00e0 la vie ; elle \u00e9tait perdue, et elle est retrouv\u00e9e ! \u00bb<\/p>\n<p><i>Mon c\u0153ur \u00e9clatait, lui aussi, \u00e0 cause de l\u2019angoisse, de la douleur et de l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 que j\u2019avais caus\u00e9es \u00e0 mon berger, mais aussi en raison de la joie d\u2019avoir un tel berger. Tandis que les voisins sortaient de leurs cabanes et f\u00e9licitaient mon berger, je regardai ses mains \u2013 bless\u00e9es, d\u00e9chir\u00e9es, couvertes de cicatrices. Mon c\u0153ur se remplit d\u2019un amour indescriptible. D\u2019un amour que je ne pouvais garder pour moi plus longtemps.<\/i><\/p>\n<p><i>Oh, combien je vous souhaite un berger comme le mien !<\/i><\/p>\n<hr \/>\n<p><b>Le\u00e7ons tir\u00e9es de la brebis perdue<\/b><\/p>\n<ul>\n<li>Une brebis perdue ne peut se sauver par elle-m\u00eame.<\/li>\n<li>Une brebis perdue va p\u00e9rir, \u00e0 moins que quelqu\u2019un ne se mette \u00e0 sa recherche, ne la trouve, et ne la ram\u00e8ne \u00e0 la bergerie.<\/li>\n<li>J\u00e9sus se met \u00e0 la recherche d\u2019une seule brebis perdue.<\/li>\n<\/ul>\n<p><b>Le\u00e7ons tir\u00e9es de la recherche<\/b><\/p>\n<ul>\n<li>Les difficult\u00e9s et l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 qu\u2019entra\u00eene l\u2019errance d\u2019une brebis ne diminue en aucun cas sa valeur.<\/li>\n<li>Il faut chercher personnellement la brebis, dans un esprit de sacrifice.<\/li>\n<li>L\u2019efficacit\u00e9 du salut ne consiste pas en notre recherche de Dieu, mais en ce que lui nous cherche.<\/li>\n<\/ul>\n<p><b>Le\u00e7ons tir\u00e9es de la brebis retrouv\u00e9e<\/b><\/p>\n<ul>\n<li>La recherche ne prend fin que lorsque la brebis est retrouv\u00e9e et ramen\u00e9e \u00e0 la bergerie.<\/li>\n<li>Certaines personnes ont l\u2019impression que si un de ses enfants chute, Dieu est d\u00e9\u00e7u, outr\u00e9, offens\u00e9. Mais ce n\u2019est pas du tout le cas.<\/li>\n<li>Dieu ne dit pas \u00ab Repens-toi d\u2019abord \u00bb ; il nous demande simplement de le laisser s\u2019approcher de nous.<\/li>\n<\/ul>\n<p><b>Le\u00e7ons tir\u00e9es de la r\u00e9jouissance<\/b><\/p>\n<ul>\n<li>Dieu se r\u00e9jouit de nous faire du bien.<\/li>\n<li>La joie du salut doit \u00eatre partag\u00e9e.<\/li>\n<li>Nul ne peut \u00eatre heureux sans J\u00e9sus, et J\u00e9sus, dans son grand amour, ne peut \u00eatre satisfait sans nous.<\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"about\">John Wesley Taylor V (titulaire d\u2019un doctorat de l\u2019Universit\u00e9 Andrews, et d\u2019un doctorat en \u00e9ducation de l\u2019Universit\u00e9 de Virginie) est directeur adjoint du d\u00e9partement d\u2019\u00c9ducation \u00e0 la Conf\u00e9rence g\u00e9n\u00e9rale ; il est l\u2019un des r\u00e9dacteurs de Dialogue. Miriam Louise Taylor est adjointe de direction au secr\u00e9tariat de la Conf\u00e9rence g\u00e9n\u00e9rale. Leur courriel : JohnWesleyTaylorV@gmail. com.<\/p>\n<h2>Citation recommand\u00e9e<\/h2>\n<p>John Wesley Taylor V et Miriam Louise Taylor, \u00ab Perdue et retrouv\u00e9e \u00bb,\u00a0<i>Dialogue<\/i>\u00a026 (2014\/3), p. 23-26<\/p>\n<section class=\"references\">\n<ol>Note : Ce dialogue, \u00e9crit dans le contexte pastoral des temps bibliques, est bas\u00e9 sur la parabole de la brebis perdue (Mt 18.12,13 ; Lc 15.1-7). Comme cette parabole de J\u00e9sus traite, en r\u00e9alit\u00e9, des humains perdus et retrouv\u00e9s, les auteurs racontent cette histoire \u00e0 la premi\u00e8re personne et selon la perspective des individus impliqu\u00e9s dans le r\u00e9cit. \u00c0 l\u2019instar de J\u00e9sus, ils utilisent les m\u00e9taphores de la brebis et du Berger. \u2013 La r\u00e9daction<\/ol>\n<\/section>\n<\/div>\n<p><\/main><\/p>\n<footer>\n<div class=\"wrapper\"><a href=\"https:\/\/education.adventist.org\/amicus\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">\u00a9 Comit\u00e9 pour les \u00e9tudiants et dipl\u00f4m\u00e9s universitaires adventistes (CEDUA)<\/a>, 2014 &#8211; 2019 \u00a0\u00a0|\u00a0\u00a0\u00a0<a href=\"https:\/\/dialogue.adventist.org\/fr\/confidentialite\">Confidentialit\u00e9<\/a><\/div>\n<\/footer>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>John Wesley Taylor V et Miriam Louise Taylor Lorsque j\u2019entourai de mes bras ma brebis ensanglant\u00e9e, je sentis mon c\u0153ur \u00e9clater \u2013 d\u2019angoisse, \u00e0 cause de sa souffrance, et de joie, parce que je l\u2019avais enfin retrouv\u00e9e ! \u00ab Voyez comme il se sent \u00e0 l\u2019aise parmi les publicains, les p\u00e9cheurs, les viles cr\u00e9atures ! 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